8 juillet – L’Origine du Monde


Est ce que l’origine du monde finalement c’est pas le cul ?

C’est en se posant cette question à la fois subtile et pas du tout, que je vous propose de démarrer ce nouveau chapitre d’Open B’Art.

L’Origine du monde sera donc aussi l’origine d’Histo’Art de Cul !

L’Origine du monde – Gustave Courbet – 1866

Contexte de l’œuvre

On est en 1866.

Gustave Courbet et d’autres potes artistes qui ont tous des belles barbes (genre Edouard Manet) font partie du courant artistique du Réalisme.

Le principe du Réalisme, c’est de représenter les choses au plus proche de ce qu’elles sont vraiment.
On sort des canons de la beauté, des corps trop parfaits ou des scènes qui donnent l’impression que chaque matin, on peut aller se battre contre des armées avec seulement une épée et un dragon (Désolé Khaleesi mais t’es pas Réaliste). Le but du Réalisme, c’est de montrer la vraie vie finalement.

Toujours en 1866, un diplomate ottoman passe commande d’un tableau à Gustave Courbet pour l’ajouter à sa collection d’œuvres érotiques. Et comme le diplomate il aime le travail de Courbet, il lui achète en même temps L’Origine du Monde et Le Sommeil.

Le Sommeil – Gustave Courbet – 1866

Intention de l’artiste

Notre ami Gustave il a envie de représenter des “vrais” sexes féminins, mais ça se fait pas à l’époque, pas comme ça en tout cas. En général il faut mettre une petite feuille de vigne ou une main pour cacher ces attributs que je ne saurais voir.

Mais Gustave il est pas comme ça, et il décide de le faire quand même et en plus, il le fait d’une manière totalement nouvelle et inhabituelle dans le monde de l’art.

Déjà, il représente uniquement le tronc d’une femme sans son visage. Impossible à l’époque de savoir de qui il s’agit et dans le fond on s’en fout parce que le but était de représenter le sexe féminin au sens large. [pour les intéressé.e.s, on sait aujourd’hui qui est le modèle]

Plus malin encore, il représente le sexe féminin après un rapport sexuel. Des experts ont analysé l’œuvre pour affirmer ça et ont noté deux éléments principaux : le mamelon qui pointe et la couleur plus rouge des lèvres du sexe. Ce qui fait que le titre L’origine du Monde peut être interprété de deux façons. Soit c’est l’acte sexuel, soit c’est le sexe féminin qui est l’origine du monde… c’est un fou Gustave !

La dernière petite astuce de Courbet, c’est qu’il représente ce sexe en nous mettant face à lui directement. La position des cuisses et l’angle font qu’on se retrouve le nez dedans (si je puis me permettre) qu’on le veuille ou non. Et histoire d’être sûr de regarder au bon endroit, il limite au maximum les détails qui pourraient détourner notre attention du centre du tableau qui est ce sexe féminin.

L’Origine de la guerre – ORLAN – 1989

Autour de l’œuvre

On voudrait des anecdotes croustillantes et des gros scandales au moment de son exposition, mais rien de tout ça n’est arrivé, je suis désolé… Comme on l’a vu, la toile était une commande privée et il faudra attendre 1988 pour qu’elle soit présentée publiquement pour la première fois.

Bien sûr qu’il y a quand même eu des scandales, et si ça vous intéresse je vous envoie vers cet article. Ce que je vous propose plutôt, c’est de nous intéresser à deux œuvres qui ont été créées à partir du tableau.

L’origine de la guerre de ORLAN. Artiste plasticienne française, elle a réalisé ce tableau en respectant en détails l’œuvre de Courbet pour en proposer une version féministe, qui place l’homme et son sexe (en érection) comme la cause et l’origine de la guerre.

Mémoire de l’origine : En 2014, l’artiste luxembourgeoise Deborah de Robertis s’approche du tableau de Courbet, s’assied devant et exhibe son sexe en direction du public dans cette performance qu’elle nommera Mémoire de l’origine. Son intention était de poursuivre la volonté Réaliste de Courbet et de présenter un sexe féminin de façon réelle. Pour le coup c’est réaliste, on peut pas lui enlever ça.

Deborah de Robertis lors de sa performance au musée d’Orsay en 2014

Voilà qui met fin à ce petit tour d’horizon du tableau de Gustave Courbet : L’Origine du monde. Ce qui me permet de vous remercier d’avoir pris le temps de lire cet article, et de vous donner rendez-vous le mois prochain pour un nouveau chapitre d’Histo’Art de Cul !